23.11.2007
Qu'est-ce-qu'une "grève étudiante" ?
Qu'est-ce-qu'une grève étudiante ?
Alors qu'environ un tiers des facultés françaises est aujourd'hui bloqué par des jeunes, qui sont loin d'être tous étudiants, on entend à peine que de vrais étudiants refusent le blocage de leurs universités et réclament de reprendre les cours. « Mais le blocage a été décidé en AG, il est dé-mo-cra-tique »répètent la plupart des syndicats étudiants, UNEF en tête. Sans même parler de la parodie de démocratie que sont les « AG étudiantes », de quel droit certains, quel que soit leur nombre, s'arrogent-ils le droit d'interdire aux étudiants l'accès aux universités ?
On pourrait s'interroger sur la représentativité d'assemblées de moins de six cent personnes dans des universités de plus de trente mille étudiants, car il n'est pas difficile de faire voter les mesures les plus absurdes par les 2% les plus extrémistes d'un corps électoral potentiel (cf Nanterre). Ces 2% sont d'ailleurs loin d'être tous étudiants, car les soi-disant AG comptent un grand nombre d'extrémistes et d'anarchistes du genre des jeunes démocrates qui avaient dévasté l'EHESS lors des manifestations contre le CPE. Leur présence est sans doute la principale cause du déni de démocratie de ces assemblées, où une minorité, souvent violente, monopolise la parole, refuse le vote secret et fait de toute façon revoter l'assemblée jusqu'à obtenir un vote favorable, si elle est battue malgré toutes ses manoeuvres.
Mais ce n'est pas là le plus grave; le plus grave est que les syndicats étudiants et certains hommes politiques acceptent le principe même des AG étudiantes. Il semble normal que des étudiants aient collectivement le droit de priver de l'accès au savoir ceux de leurs camarades qui souhaitent étudier. Si certains veulent « faire grève » (aussi insensée que soit le concept de grève des études), qu'ils fassent grève, mais rien ne les autorise à empêcher les autres d'étudier ou à vandaliser les lieux de la façon dont la bibliothèque de Paris IV a été vandalisée en 2006.
Peu importe leur nombre, les étudiants bloqueurs n'ont aucune légitimité pour priver leurs camarades du droit d'étudier et de l'accès au savoir.
12:28 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : université, LRU, étudiant, blocage
01.11.2007
L’imposture du « mini » traité: la revanche de l’establishment
L’imposture du « mini » traité: la revanche de l’establishment
La chose prêterait à rire s’il s’agissait de moins que de l’avenir de la France. Quoi de plus tristement cocasse, en effet, que de voir l’empressement consciencieux des forces du système, puissamment secondées par leurs relais médiatiques, appliquées à nous asséner la docte parole officielle: réjouissez-vous, bonnes gens, l’Europe est sauvée! J’ignorais pour ma part qu’elle eût jamais été mise en péril, sauf peut-être par ceux qui depuis cinquante ans prétendent le plus la construire.
Quelle est donc la cause de tant de zèle? Un nouveau traité, pardi. Et simplifié, de surcroît. Concédons que, si de Bruxelles il eût pu venir quelque chose de simplifié, il y aurait assurément eu matière à célébrer. Mais, pour pourvoir à notre liesse, Bruxelles dédaigne la facilité. Sur le modèle des meilleurs tours de passe-passe (plus c’est gros, plus ça passe), ce n’est donc rien de moins que la Constitution européenne qu’on se propose de nous refourguer. De l’aveu même de ses plus ardents promoteurs, le nouveau traité reprend en effet la substance du texte Giscard, qu’on avait eu la naïveté de croire enterré depuis un certain 29 mai 2005. C’était sans compter sur les séides de l’européisme qui, sourds à la colère grandissante des peuples, ont attendu que le peuple français fût privé pendant cinq ans de la possibilité de s’exprimer pour reprendre de plus belle leurs manigances de couloir.
Aujourd’hui, si grosse que soit la ficelle, la manipulation est en passe d’aboutir. En dépit du rideau de fumée qu’on s’emploie à déployer devant le nouveau monstre juridique que nous valent les élucubrations des juristes bruxellois − et dont on se demande bien pourquoi il n’en sera publié aucune version intégrale, si ce n’est pour épargner le ridicule public aux autorités françaises qui s’obstinent à le présenter comme « simplifié » − la manœuvre apparaît trop clairement: au nom de la nécessité de se prémunir contre le « populisme » (comprenez la démocratie), c’est le peuple souverain qui, pour avoir eu l’audace de s’élever contre le travestissement de l’idéal européen au service d’un magma technico-bureaucratique télécommandé par les Etats-Unis, risque d’être définitivement bâillonné par la coalition des intérêts du système, trop heureux de prendre leur revanche sur un pays réel qui, incorrigible ringard, a encore l’impudence de croire en son avenir.
Ne nous y trompons pas: avec l’affirmation de la personnalité juridique de l’Union européenne et la consécration du principe de primauté du droit communautaire, préludes à l’édification d’un super-Etat européen, avec encore l’institutionnalisation d’une diplomatie européenne parallèle aux diplomaties nationales, avec enfin le passage à la majorité qualifiée d’une quarantaine de domaines où la France est minoritaire dans l’Europe élargie, c’est la démocratie française qu’on assassine, au nom d’arguments fallacieux qui ne sont que le paravent de l’abdication des élites devant les fausses fatalités de l’histoire. A quel degré de décadence nationale faut-il en arriver pour que des dirigeants, ne croyant plus ni en eux-mêmes ni en leur peuple, en viennent à lui imposer un sabordage collectif? Ne serait-ce qu’en dehors des palais de la république qu’on croit encore en la France?
Au-delà même de l’incroyable attentat contre la démocratie qui consiste à imposer à un peuple, au mépris de sa volonté expresse, d’abdiquer son droit à disposer de lui-même, le plus choquant est l’indécente désinvolture manifestée par M. Sarkozy au moment de commettre l’irréparable. C’est en effet dans la plus grande précipitation, et mû par le seul désir d’apparaître comme le « sauveur » de l’Europe, que le nouveau président, sacrifiant les intérêts nationaux sur l’autel de sa gloriole personnelle, a accepté de trahir, non seulement le peuple français, mais encore ses propres promesses de campagne: en échange de ses concessions démesurées, qu’a-t-il obtenu sur la Banque centrale ou la préférence communautaire? Rien, bien sûr, car les discours de M. Guaino, quoique commodes pour gagner des voix, siéent mal à qui veut faire la roue devant l’establishment européen. Voilà à n’en pas douter la forfaiture suprême: présenter comme un succès ce qui n’est qu’une capitulation en rase campagne sous les regard goguenards de Mme Merkel et des oligarchies européennes.
Pourtant, nous voulons croire que tout n’est pas perdu. Le peuple français, s’il prend conscience à temps de la supercherie stupéfiante qu’on trame pour l’abuser, peut encore se ressaisir, pour peu qu’on le laisse s’exprimer. Les sondages, étrangement ignorés par un président d’ordinaire si prompt à les exhiber, sont au demeurant particulièrement éloquents: les deux tiers de nos compatriotes, subodorant confusément l’entourloupe, aspirent à être directement consultés. En leur nom, j’appelle tous ceux qui ne veulent pas être roulés dans la farine à signer la pétition, lancée par Debout la république, réclamant la tenue d’un référendum. Le peuple a parlé: non, c’est non.
Rémy Carof
11:03 Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
15.10.2007
Pourquoi il faut contrôler la rémunération des dirigeants d'entreprise...
... un enjeu de santé publique !
La récente "affaire EADS" met au jour un problème de gouvernance économique qui est loin de ne concerner que le milieu des affaires : celui de la rémunération des dirigeants d'entreprise. Il appelle une vraie réflexion sur ce qui est éthiquement juste, quitte à remettre en débat les mécanismes de marché censés régir ces domaines.
Quel est l'argumentaire réguliérement avancé ?Il fait référence au contexte mondialisé d'économies ouvertes, d'entreprises multinationales et de globalisation financière. De ce point de vue, réglementer le niveau des rémunérations reviendrait à fausser les mécanismes d'ajustement, avec à l'horizon l'épouvantail des délocalisations des sièges sociaux, et de la fuite des talents manageriaux français.
L'impératif d'attractivité sur le "marché des dirigeants" est une chose, et une chose qu'il ne faut surtout pas négliger. Mais qu'il faut également replacer dans une perspective historique, et qui ne doit pas masquer la nécessité d'une réflexion normative sur le sujet. Qu'est ce que représente, à l'origine, la rémunération élevée que reçoit un entrepreneur ? C'est le risque qu'il prend. C'est-à-dire qu'il investit des fonds personnels, du temps et de l'énergie, avec deux issues possibles : l'échec, et la perte des sommes inversties, ou le succès, avec des gains importants. Dans le même temps, la condition du salariat était également équilibrée, mais plus stable : des rémunérations garanties par un contrat de travail, c'est-à-dire sans prise de risque (je laisse de côté un autre élément que pourrait contester une analyse de type marxiste, à savoir que seuls ceux qui ont initialement un capital peuvent prendre le risque d'investir).
D'où vient le malaise mis au jour par plusieurs épisodes de l'actualité, depuis quelques temps ? Il apparaît que le double équilibre intial s'est simultanément détériorié. D'un côté, on a des entrepreuneurs qui n'assument plus leur part de risque, en échappant par toute sorte de mesures (stocks options astronomiques, parachutes dorés...) à l'éventualité d'un échec, les montants perçus jouant peu ou prou le rôle d'une assurance tous risques. Cela devient encore plus contestable lorsque c'est l'information qui est retenue, et lorsque les mécanismes de cooptation par nominations croisées aux CA des grandes entreprises rendent les administrateurs invulnérables. De l'autre côté, tout laisse penser que ce sont désormais les salariés qui supportent le risque d'exercice des entreprises : licenciements économiques, pression sur les salaires, dégradation des conditions de travail, sans parler des ruines de petits actionnaires. Avec à la clef la dégradation du moral des ménages qui n'est peut-être pas la dernière explication à la réticence des Français aux réformes, alors que tout montre qu'elles sont nécessaires (cf la grève de jeudi).
Mon propos n'est pas de nier la nécessité de la flexibilité, ni les nouveaux impératifs imposés par la compétition internationale. Mais ce qui est indispensable, c'est que ces derniers soient partagés par tous, et par delà que les dirigeants montrent qu'ils prennent le risque à leur compte, qu'ils réendossent le rôle qui était initialement le leur : c'est la condition nécessaire pour lancer un effet d'entrainement, et pour que "élite" ne soit plus synonyme de suspicion ou de magouille aujourd'hui.
Concrétement, cela passe, me semble-t-il, par une réflexion sur le système de rémunération des dirigeants, débouchant sur un dispositif réglementaire. L'aspect le plus contestable et le plus symbolique est, pour moi, le système des parachutes dorés, qui doivent être complétement interdits. Le détail des mesures complémentaires, à la fois pour empêcher le contournement de l'interdiction précédente, et à la fois pour contrôler directement le niveau des rémunérations, est autrement plus compliqué, et je me garderai bien de m'engager sans plus de recherches et de compétences. Mais on peut commencer par en débattre...
Jérôme
11:30 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : rémunération, entreprise, salaire, réformes, grève, EADS, risque